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Marc Scheffer

Les Sens et l’Huile…

Campagne poitevine, au printemps, le long du Clain. Des formes sensuelles et abstraites glissent sur l’eau. Des vibrations de couleurs transpercent l’espace. Une falaise impose sa structure… Changement de saison. La lumière d’un soir glacial se déverse sur un champ de neige et des arbres noueux, tordus, gesticulent dans le froid…
Reflets informels filtrés dans les airs, dessin complexe d’un arbre ou d’un roc, texture des broussailles… la création est là. Elle attend. Elle attend tous ceux qui sont prêts à la cueillir.

Elle commence en enfilant des chaussures de marche. A la campagne, en forêt, en été, en hiver, paysage de bois, de feuilles ou de pierre, il faut trouver le bon endroit, le bon angle, le bon moment. Et être prêt. En « réceptivité optimale ». Dans nos vies saturées d’informations, ouvrir ses sens au monde exige un état d’esprit particulier : la contemplation. Il faut regarder la nature pour l’aimer, et l’aimer pour s’en nourrir, se laisser embarquer dans ses subtilités, ses nuances, voire ses délires. Appareil reflex en main, je suis à l’affût d’un paysage tout entier ou d’un seul élément qui m’appelle, me charme, me percute, me délecte. Un accord de couleurs, des formes, un élan, une texture, des rythmes, des ossatures… et je déclenche. Je cadre, je recadre, sous toutes les coutures. Début de composition. Je constitue une banque de données. Je recadrerai encore, au plus près de l’émotion. Sur ordinateur d’abord puis directement sur tirage papier.

Pourtant tout cela n’est qu’un point de départ. Car la peinture a ses exigences. De liberté d’abord. De liberté toujours. D’indépendance ensuite. La peinture s’éloignant du sujet pour devenir son propre sujet. Ne pas perdre cet acquis contemporain. Qu’importe l’exactitude, la ressemblance, ce qui prime, encore une fois, ce sont les formes, la couleur, les rythmes, la matière (sa finesse en ce qui me concerne), la composition. Mais je nuance le propos. Disons que, si je prends vis à vis du sujet une certaine distance, celle que je décide au fil de l’œuvre, ou plus exactement celle qui se décide au fil de l’œuvre, je conserve un lien avec lui pour la richesse qu’il procure.

D’où des exigences de représentation. Par là, j’entends surtout la représentation du paysage qui se crée au fond de moi, en écho de celui que je regarde. Je m’approprie les choses, je les digère. Et je les régurgite trempées de mes forces, de mes faiblesses, de ma rigueur, de mes envies, de mes caprices, de mon imagination, de mes souvenirs, de mes angoisses aussi, de mes peurs… et de quelques connaissances plastiques, bien entendu. Je fais le tri, j’élague, je rajoute… Au fond, je prends appui sur le réel pour construire une autre image, évocatrice du sujet sans en être esclave. Et là, c’est la peinture qui commande. A l’huile, je précise. Uniquement. Pour son odeur, sa sensualité, sa lenteur qui permet de retoucher pendant des heures dans le frais, le clin d’œil à mon enfance également…

Je vérifie en permanence la circulation du regard sur la toile. Elle est essentielle et doit atteindre une grande fluidité. Je modifie en conséquence. Je travaille jusqu’à multiplier les émotions, jusqu’au trouble parfois. Ce sont des témoins infaillibles. Quand j’exulte, c’est le signe pour moi que la toile a pris de l’altitude…

Marc SCHEFFER

Né le 4 mai 1961

– Etude des Arts Plastiques à Paris de 1986 à 1998 dans l’atelier de Monique NOUVEL, ancienne élève de GROMAIRE

– Peinture et dessin aux Arts Décoratifs de Paris de 1987 à 1989

– Etude du modèle vivant de 1989 à 1993 aux Arts Décoratifs de Paris avec le sculpteur Jean-Claude ATHANE, ancien élève de ZADKINE

– Exposition à la galerie Hérouet (Paris / Marais), avril 1995

– Exposition personnelle à la galerie Etienne de Causans, Paris 6ème, mai 1998